Scénario · Un texte pour explorer les futurs possibles.
Changer les règles du récit
Notre chapitre 2045 explore une société dans laquelle l'accès aux technologies finit par séparer les vies.
Mais rien n'oblige ce futur à devenir notre futur.
Imaginons une autre trajectoire.
Une société dans laquelle l'intelligence artificielle ne serait pas seulement un produit commercial.
Elle pourrait être un bien commun.
Des outils accessibles dans des lieux publics, au même titre qu'une bibliothèque, une école ou un atelier.
Des systèmes que chacun pourrait utiliser sans devoir posséder les dernières technologies.
Des intelligences artificielles dont le fonctionnement serait suffisamment transparent pour pouvoir être compris, discuté et contrôlé.
Et surtout :
une technologie que l'on pourrait quitter.
Une IA accessible à tous
Dans ce monde, Noa pourrait entrer dans une bibliothèque et utiliser une IA pour apprendre.
Il pourrait lui demander d'expliquer une théorie scientifique, de traduire un texte ou de l'aider à comprendre un problème.
Mais il pourrait ensuite fermer l'outil.
Parler avec un professeur.
Lire un livre.
Demander conseil à quelqu'un.
Faire les choses lui-même.
L'IA serait une possibilité parmi d'autres.
Pas une condition pour participer à la société.
Maïa pourrait faire exactement la même chose sans posséder d'implant.
Elle pourrait utiliser l'intelligence artificielle sans que l'intelligence artificielle ait besoin de devenir une partie d'elle.
Cette distinction pourrait devenir fondamentale.
Utiliser sans dépendre
Aujourd'hui, beaucoup de technologies sont conçues pour nous faire rester.
Compte.
Abonnement.
Données.
Écosystème.
Dépendance.
Dans notre scénario, le principe serait différent.
Tu pourrais utiliser une IA sans lui appartenir.
Tu pourrais changer d'outil.
Récupérer tes données.
Conserver tes documents.
Comprendre comment le système fonctionne.
Et surtout, partir.
Le droit de quitter une technologie deviendrait alors une véritable liberté.
L'IA comme infrastructure publique
Imaginez une IA accessible dans les écoles, les bibliothèques, les universités, les maisons de quartier et les services publics.
Une IA capable d'aider à comprendre un formulaire administratif.
De traduire une information.
D'expliquer un problème juridique.
D'aider un élève.
D'accompagner une personne âgée dans certaines démarches.
Mais avec une règle fondamentale :
l'humain reste toujours capable de demander à parler à un humain.
La machine facilite l'accès au monde.
Elle ne devient pas le monde.
Qui possède l'intelligence ?
Cette question devient alors essentielle.
Si l'intelligence artificielle devient une infrastructure aussi importante que l'électricité, Internet ou les télécommunications, peut-elle être entièrement contrôlée par quelques entreprises privées ?
Peut-être pas.
Une autre possibilité serait de considérer certaines capacités fondamentales de l'IA comme un bien commun.
Des modèles financés collectivement.
Des infrastructures partagées.
Des données protégées.
Des règles de gouvernance transparentes.
Des collectivités capables de décider comment ces outils sont utilisés.
Cela ne supprimerait pas les entreprises privées.
Mais cela créerait une alternative.
Personne ne serait obligé de dépendre d'un seul acteur pour accéder à l'intelligence artificielle.
Un futur positif n'est pas un futur facile
Mais un monde où l'IA est un bien commun ne serait pas automatiquement un monde idéal.
Qui finance les infrastructures ?
Qui décide des modèles ?
Qui contrôle les données ?
Qui fixe les limites ?
Comment éviter qu'un système public devienne lui-même un outil de surveillance ?
Comment garantir que les ressources informatiques restent disponibles ?
Et surtout :
qui décide de ce que l'intelligence artificielle a le droit de faire ?
Ces problèmes ne disparaissent pas parce que le scénario est plus lumineux.
Ils deviennent précisément le cœur du débat.
Noa peut encore dire non
C'est peut-être ici que ce scénario rejoint la question fondamentale de 18 ANS.
Noa vit dans un monde où l'intelligence artificielle est partout.
Mais elle ne contrôle pas tout.
Il peut l'utiliser.
Il peut la comprendre.
Il peut discuter de ses décisions.
Il peut choisir une autre solution.
Et surtout :
il peut dire non.
Cette possibilité paraît minuscule.
Elle pourrait pourtant être l'une des libertés les plus importantes du futur.
Car une technologie réellement au service de l'humain ne devrait pas seulement nous donner davantage de possibilités.
Elle devrait aussi nous laisser la possibilité de ne pas l'utiliser.
Le progrès autrement
Nous avons souvent mesuré le progrès par ce que la technologie permet de faire.
Plus rapide.
Plus puissant.
Plus intelligent.
Plus automatisé.
Mais peut-être faudrait-il ajouter une autre mesure :
combien de choix nous reste-t-il ?
Une technologie peut être extrêmement puissante et réduire notre liberté.
Une autre peut être moins performante mais nous laisser davantage de contrôle.
Le véritable progrès pourrait alors être celui qui augmente nos capacités sans diminuer notre capacité à choisir.
Pour Noa, l'avenir n'est donc pas nécessairement une société sans technologie.
C'est une société dans laquelle la technologie reste un outil.
Un outil puissant.
Un outil partagé.
Un outil que l'on peut comprendre.
Et, si nécessaire,
un outil que l'on peut quitter.
C'est peut-être cela, le futur que nous devrions chercher à construire.
