Scénario · Un texte pour explorer les futurs possibles.

Le même monde

Fiction prospective : Noa, les interfaces et l’organisation sociale de 2045 sont imaginés. L’apprentissage accéléré, la sécurité et la réversibilité du dispositif appartiennent à ce scénario ; ce ne sont pas des capacités établies des implants actuels.

2045.

À première vue, tout le monde vit dans le même monde.

Les mêmes villes.

Le même ciel.

Les mêmes réseaux.

Les mêmes machines.

Mais quelque chose a changé.

La technologie n'est plus seulement un outil.

Elle est devenue une différence de condition.

Certains disposent d'une intelligence artificielle personnelle capable de les accompagner en permanence.

D'autres utilisent des systèmes beaucoup plus simples.

Certains vivent dans des villes où les robots assurent une grande partie des tâches quotidiennes.

D'autres vivent dans des territoires où les infrastructures sont plus rares et où l'on répare encore les machines à la main.

Certains peuvent augmenter leurs capacités.

D'autres n'en ont pas les moyens.

Deux vies peuvent alors exister dans le même monde.

Ceux qui peuvent augmenter l'humain

Imaginez une personne équipée d'une interface capable de communiquer directement avec certains systèmes numériques.

Elle apprend plus rapidement.

Accède instantanément à des informations.

Utilise des assistants intelligents en permanence.

Son environnement anticipe ses besoins.

Elle travaille avec plusieurs agents artificiels qui exécutent pour elle des tâches complexes.

Ces capacités relèvent ici d’un scénario hypothétique, sans calendrier ni probabilité établis.

Mais si de telles technologies deviennent réellement possibles, une question apparaîtra :

Qui pourra y avoir accès ?

Si l'amélioration des capacités humaines coûte cher, elle risque naturellement de commencer là où se trouve déjà le capital.

Les plus riches pourraient alors acheter non seulement de meilleurs logements ou de meilleurs soins.

Mais aussi de nouvelles capacités.

Ceux qui restent humains ?

Le mot est étrange.

Parce que ceux qui n'utiliseraient pas ces technologies seraient toujours humains.

Mais la comparaison pourrait devenir difficile.

Un étudiant équipé d'un assistant cognitif extrêmement puissant pourrait apprendre différemment.

Un médecin augmenté pourrait disposer d'outils d'analyse inconnus auparavant.

Un entrepreneur pourrait travailler avec des dizaines d'agents artificiels.

Une personne sans ces outils pourrait rester parfaitement capable.

Mais elle évoluerait dans un environnement où les autres disposent d'un avantage permanent.

La question ne serait alors plus seulement :

« Qui est le plus intelligent ? »

Mais :

« Qui a accès à l'intelligence supplémentaire ? »

Une nouvelle inégalité

Nous connaissons déjà les inégalités de revenus.

Les inégalités d'éducation.

Les inégalités d'accès aux soins.

Demain, il pourrait exister une autre forme d'inégalité :

l'inégalité cognitive et technologique.

Deux enfants pourraient naître avec les mêmes capacités.

Mais grandir dans des environnements radicalement différents.

L'un aurait accès dès l'enfance à des systèmes éducatifs personnalisés, à des outils cognitifs avancés et à des technologies médicales de pointe.

L'autre fréquenterait une école avec moins de moyens.

Les deux pourraient travailler dur.

Les deux pourraient être intelligents.

Mais ils ne partiraient pas avec les mêmes possibilités.

Le progrès pourrait alors devenir un multiplicateur d'inégalités.

Mais il existe un autre scénario

Rien ne garantit pourtant que cette technologie sera réservée aux plus riches.

Une société pourrait décider de considérer certaines technologies comme des infrastructures essentielles.

L'IA pourrait devenir un service public.

Les outils d'assistance cognitive pourraient être largement accessibles.

Les technologies médicales pourraient être prises en charge collectivement.

L'accès à certaines augmentations pourrait être considéré comme un droit plutôt qu'un privilège.

Dans ce scénario, la technologie pourrait au contraire réduire certaines inégalités.

Tout dépendrait donc d'une question très ancienne :

Qui possède les ressources ?

Mais aussi d'une question nouvelle :

Qui possède les capacités qu'elles permettent de créer ?

Le choix de Noa

Noa regarde deux personnes.

La première possède une interface cognitive.

La seconde a refusé.

Elles discutent.

Elles rient.

Elles travaillent ensemble.

Rien ne semble les séparer.

Puis la première demande à son système d'analyser une immense quantité d'informations.

Quelques secondes plus tard, elle connaît les principales possibilités.

Noa, lui, doit prendre le temps de chercher.

Il pourrait faire la même chose.

Il lui faudrait simplement beaucoup plus de temps.

Il comprend alors que le choix de ne pas être augmenté pourrait devenir un choix coûteux.

Peut-on encore refuser une technologie lorsque tout le monde autour de nous l'utilise ?

Faudra-t-il devenir plus qu'humain ?

C'est peut-être l'une des questions les plus vertigineuses de notre futur.

Pendant des milliers d'années, nous avons essayé d'améliorer nos outils.

Puis nos machines.

Puis nos ordinateurs.

Et maintenant, nous commençons à imaginer des technologies capables d'interagir directement avec nos capacités biologiques.

La frontière pourrait devenir moins claire.

Où s'arrête l'être humain ?

Où commence la machine ?

Si une personne utilise une IA pour mémoriser, analyser, apprendre, créer et décider, reste-t-elle simplement « elle-même » ?

Peut-être.

Mais si cette assistance devient permanente ?

Et si elle devient presque invisible ?

Et si ceux qui refusent cette évolution deviennent progressivement moins compétitifs ?

Alors le choix pourrait devenir une obligation sans jamais être officiellement imposé.

Deux humanités ?

Il ne s'agirait peut-être pas de deux espèces.

Ni de deux peuples.

Ni même de deux groupes clairement séparés.

Ce serait quelque chose de plus subtil.

Une humanité avec des niveaux d'accès différents aux machines.

Aux données.

À l'intelligence.

Aux soins.

À l'énergie.

À l'amélioration.

Et donc aux possibilités.

La fracture ne serait plus seulement :

ceux qui ont de l'argent et ceux qui n'en ont pas.

Elle pourrait devenir :

ceux qui peuvent augmenter leurs possibilités et ceux qui doivent vivre avec les leurs.

Noa choisit

On lui propose l'interface.

Elle est sûre.

Rapide.

Performante.

Elle pourrait lui ouvrir des portes.

Il pourrait apprendre plus vite.

Travailler autrement.

Comprendre davantage.

Il regarde le dispositif.

Puis demande :

« Est-ce que je pourrai l'enlever ? »

On lui répond oui.

Il réfléchit.

Cette réponse lui suffit.

Pour l'instant.

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