Fiction · Un texte pour explorer les futurs possibles.

21 h 30

Noa pose la main derrière son oreille.

Ce geste ne sert à rien, techniquement. L'interface reçoit une intention, pas une pression.

Mais il aime encore avoir un geste à lui.

Suspendre.

Dix minutes.

La réponse arrive immédiatement :

Souhaitez-vous préparer votre retour ?

Il refuse.

La pièce reste la même.

Le verre d'eau.
La fenêtre.
Le vêtement sur une chaise.

Pourtant, quelque chose manque.

Le monde n'a plus de sous-titres.

Il regarde un message de Maïa et ne sait pas quelle émotion lui attribuer.

Il pourrait réactiver l'assistance.

Il attend.

Une hésitation à soi

Maïa lui a demandé de venir demain.

Pas une visite optimisée.

Pas un atelier inscrit dans son parcours.

Juste venir.

Noa pense aux mains abîmées qu'il a vues dans sa communauté, aux discussions interminables, aux choses qui prennent du temps.

Il pense aussi à celles et ceux qui n'ont pas choisi cette vie.

Il ne veut pas romantiser leur manque.

L'eau reste difficile à partager.

Les outils se réparent parce qu'on ne peut pas toujours les remplacer.

Mais il se souvient d'une dispute autour d'une table.

Personne n'avait une réponse parfaite.

Tout le monde pouvait parler.

Personne ne savait exactement quoi faire.

Et pourtant, quelque chose s'était passé.

Une décision était née.

Pas d'un calcul.

Pas d'une recommandation.

D'une discussion.

Demain, peut-être

Noa écrit trois mots.

Je viendrai demain.

Il les efface.

Puis les écrit encore.

C'est une phrase médiocre, pense-t-il.

Elle ne promet rien.

Elle ne justifie rien.

Elle ne vient d'aucun modèle.

Il l'envoie.

Les dix minutes se terminent.

L'interface se réactive.

Le monde revient.

Les informations apparaissent.

Les messages sont classés.

Les priorités sont proposées.

Puis une dernière question :

Cette interruption vous a-t-elle été utile ?

Noa sourit.

Il ne sait pas encore comment répondre.

Pour la première fois depuis longtemps, il se demande si ne pas savoir est peut-être quelque chose qu'il devrait conserver.

Il regarde la fenêtre.

Puis il pense à demain.

Et pendant quelques secondes, il ne demande rien à personne.

Ce récit est une fiction. Noa, Maïa, l'interface et l'organisation de leur société sont imaginés ; ils ne décrivent pas un futur établi.

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