Scénario · Un texte pour explorer les futurs possibles.
Une question différente
Pendant toute son histoire, l'être humain a dû travailler.
Pour se nourrir.
Construire un abri.
Cultiver la terre.
Fabriquer des outils.
Produire de l'énergie.
Transporter des marchandises.
Soigner.
Enseigner.
Créer.
Même lorsque les machines sont apparues, elles n'ont pas supprimé cette nécessité.
Elles ont surtout permis aux humains de faire davantage.
Le tracteur n'a pas supprimé l'agriculture.
La chaîne de production n'a pas supprimé l'industrie.
L'ordinateur n'a pas supprimé le travail intellectuel.
Chaque révolution technologique a déplacé le travail humain.
Mais imaginons un changement différent.
Et si, cette fois, la machine ne se contentait plus d'aider l'humain ?
Et si elle pouvait progressivement le remplacer ?
Quand les machines ont des mains et un cerveau
Une intelligence artificielle peut déjà traiter de l'information.
Un robot peut agir dans le monde physique.
Dans ce récit, le fonctionnement continu de l’usine suppose toujours de l’énergie, des opérations de maintenance et le remplacement de pièces. La machine ne s’affranchit pas de ses limites physiques.
Si ces deux technologies convergent, une possibilité nouvelle apparaît :
une machine capable de comprendre une tâche, de la planifier et de l'exécuter.
Elle pourrait travailler dans une usine.
Transporter des objets.
Construire.
Nettoyer.
Cultiver.
Réparer.
Analyser des documents.
Écrire du code.
Concevoir des produits.
Et peut-être, un jour, coordonner d'autres machines.
Ce scénario reste une hypothèse prospective, sans calendrier ni probabilité établis.
Mais il permet de poser une question que les précédentes révolutions industrielles n'avaient jamais posée aussi directement :
Que se passe-t-il lorsque nous n'avons plus besoin de notre propre travail pour produire l'essentiel ?
Le travail ne disparaît pas forcément
Repère factuel : l'exposition d'une tâche à l'IA ne signifie pas la suppression d'un emploi. L'OIT souligne que la transformation des emplois est plus probable que leur remplacement intégral par l'IA générative. Ce constat ne prédit pas les effets combinés de l'IA et de la robotique en 2045.
Un autre scénario serait celui d'un monde où le travail ne disparaît pas entièrement.
Il pourrait être beaucoup plus subtil.
Une entreprise qui employait autrefois 10 000 personnes pourrait n'en avoir besoin que de 2 000.
Ces chiffres sont un exemple fictif, et non une prévision issue d'une étude.
Une ferme pourrait fonctionner avec quelques humains et des machines autonomes.
Un cabinet pourrait accomplir le travail de centaines de personnes avec une petite équipe.
Une usine pourrait fonctionner presque en permanence avec très peu d'intervention humaine.
Le problème ne serait donc pas :
« Plus personne ne travaille. »
Mais plutôt :
« Avons-nous encore besoin de tout le monde pour faire fonctionner l'économie ? »
Et cette différence change tout.
Si notre travail n'est plus nécessaire
Aujourd'hui, notre société repose sur une équation relativement simple :
je travaille → je reçois un revenu → je peux vivre.
Le travail finance le logement.
Le travail finance la consommation.
Le travail donne accès à la protection sociale.
Le travail structure les journées.
Il donne parfois un statut, une identité, une place dans la société.
Que se passe-t-il si cette équation se brise ?
Si une personne n'est plus employée non pas parce qu'elle manque de compétences, mais parce qu'une machine peut faire son travail moins cher, plus rapidement ou en continu ?
Le problème ne sera alors plus seulement économique.
Il deviendra profondément humain.
À quoi sert une vie sans nécessité de travailler ?
Fiction prospective : Noa, sa famille et l’économie de 2045 décrite ici sont imaginés. Ce récit explore un futur possible ; il ne constitue pas une prédiction.
Imaginez Noa en 2045.
Son réveil sonne.
Mais personne ne lui demande de travailler.
Les robots produisent la nourriture.
Les systèmes automatisés entretiennent les infrastructures.
Les intelligences artificielles enseignent, analysent et créent.
L'énergie est produite par des installations largement autonomes.
Noa pourrait travailler.
Mais il n'y est pas obligé.
Au début, cela ressemble à une libération.
Puis une question apparaît.
Que faire de sa journée ?
Puis une autre.
À quoi sert ce que je fais si personne n'en a besoin ?
Le piège de l'abondance
Nous avons longtemps rêvé d'un monde où les machines travailleraient à notre place.
Mais nous avons rarement réfléchi à ce que nous ferions ensuite.
Car supprimer la nécessité n'est pas la même chose que donner un sens.
Une société peut fournir à chacun un revenu.
Un logement.
De la nourriture.
Des soins.
Du temps libre.
Et malgré tout laisser une partie de sa population sans rôle reconnu.
Le danger ne serait peut-être donc pas seulement le chômage.
Ce serait l'inutilité ressentie.
L'impression de ne plus être nécessaire à personne.
Il faudra peut-être réinventer le mérite
Notre société associe souvent mérite et travail.
Celui qui travaille beaucoup est considéré comme méritant.
Celui qui réussit professionnellement gagne du statut.
Celui qui produit est utile.
Mais si les machines produisent l'essentiel, cette logique devient difficile à maintenir.
Faudra-t-il continuer à mesurer les individus par leur productivité ?
Faudra-t-il inventer d'autres formes de reconnaissance ?
Prendre soin d'un enfant.
Aider une personne âgée.
Créer une œuvre.
Apprendre.
Transmettre.
Explorer.
Participer à la vie collective.
Aimer.
Toutes ces activités ont-elles besoin d'être rentables pour avoir de la valeur ?
Une liberté immense
Il existe pourtant un autre scénario.
Celui où la disparition d'une partie du travail devient une immense libération.
Des millions d'heures pourraient être consacrées à autre chose.
La science.
La création.
La famille.
Le sport.
La culture.
L'éducation.
La recherche.
La vie collective.
L'être humain pourrait enfin disposer de ce qu'il a toujours recherché :
du temps.
Mais cette liberté ne sera réelle que si les bénéfices de l'automatisation sont suffisamment partagés.
Sinon, quelques-uns posséderont les machines qui produisent presque tout.
Et les autres dépendront d'elles pour vivre.
La question ne sera alors plus :
« Qui travaille ? »
Mais :
« Qui possède ce qui travaille à notre place ? »
Le jour où l'humain devient optionnel
C'est peut-être là que se trouve le véritable bouleversement.
Pour la première fois, nous pourrions imaginer une civilisation où la présence humaine n'est plus indispensable à une grande partie de la production.
Ce ne serait pas nécessairement la fin de l'humanité.
Ce serait la fin d'une certaine définition de l'humanité.
Pendant des millénaires, nous avons été ceux qui devaient produire pour survivre.
Et si cette obligation disparaissait ?
Alors notre plus grande question ne serait plus :
« Comment allons-nous vivre ? »
Mais :
« Pourquoi allons-nous vivre ainsi ? »
Noa
Noa regarde une usine depuis la passerelle.
Derrière la vitre, les machines travaillent.
Elles déplacent, assemblent, contrôlent.
Aucune pause.
Aucune fatigue.
Personne ne leur demande si elles veulent continuer.
Noa pense à une phrase de son père :
« Avant, on travaillait parce qu'il fallait bien vivre. »
Il regarde les robots.
Puis il demande :
« Et maintenant ? »
Son père réfléchit.
Il pourrait répondre que le monde est devenu meilleur.
Il pourrait répondre que tout est devenu plus facile.
Mais il ne répond pas tout de suite.
Parce qu'une question plus difficile vient d'apparaître.
Si l'humain n'est plus nécessaire pour travailler, saura-t-il encore se sentir nécessaire pour vivre ?
